Alexandra
Roussopoulos
12.11.21
17.12.21

« Imiter la nature à peu près ».

Quand bien même l’exposition d’Alexandra Roussopoulos à la galerie Oblique porte le nom de Natures vivantes, qui semble s’opposer symétriquement au drôle de terme « Natures mortes » que la langue française, imitant peut-être le pessimisme de l’italienne, a élu pour désigner les peintures d’objets, de fruits et de nourriture, quand les langues du Nord décrivent ces dernières comme relevant d’une vie calme ou silencieuse (« Still Life », en anglais, « Stillleben » en allemand), l’artiste ne m’en voudra pas, je crois, de dire qu’on la situe plus spontanément dans le genre du paysage : et même si les lieux de notre enfance ne déterminent qu’en partie ce que nous sommes, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’une femme ayant grandi entre les montagnes du Valais, les rives du Léman et celles de la Mer Égée, soit par nature vivante plus sensible au mouvements de la terre, de l’eau et des nuages que telle qui aurait passé son enfance sur les hauteurs urbaines de Belleville, à Paris. Tard venu dans l’histoire des genres picturaux, le paysage n’est pas d’un exercice facile. Bien plus qu’un autre genre il est implicitement sommé de rivaliser avec son modèle (ce qu’on ne demandera nullement à la figure d’un portrait, non plus qu’on exigera des pommes habilement disposées sur une table d’être plus ou moins mûres dans le tableau qui en sera peint) : nous avons tous fait l’épreuve de cet enjeu en renonçant à déclencher l’obturateur de notre appareil photo face à un spectacle sublime, dont nous pressentions pouvoir n’enregistrer qu’une pâle copie. Travailler un paysage, ce n’est donc pas imiter, mais faire naître sur la toile un équivalent plastique du jeu des éléments tectoniques et météorologiques, un modèle réduit, dans la matière de la peinture, du jeu de dés cosmique. (…)

Didier Semin, historien de l’art

/ texte intégral de la présentation de Didier Semin

 

Photographies © Malo Lecollinet

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