Vincent
Fournier
15.02.19
22.03.19

Être un peintre spirituel

L’Eglise a offert à l’Occident une très belle partie de son histoire de l’art, employant et protégeant des générations d’artistes, à charge pour eux de mettre en scène, d’illustrer, de donner à voir et de servir son message et son histoire. Dès la Renaissance lorsque l’art s’ouvre au monde, aux champs du réel et du doute, l’artiste émancipé et l’Eglise déjà bien dotée s’oublient peu à peu. Sauf exceptions merveilleuses de prêtres amis des arts, l’écart s’est tout à fait creusé au XXème siècle. L’art contemporain travaille aujourd’hui les questions spirituelles en dehors des religions et l’Église a réduit sa commande artistique à quelques cycles de vitraux abstraits, sublimes parfois. Ailleurs, un peu en marge du circuit de production, on rencontre des artistes dont les recherches reposent sur une foi active, intense, cause unique, coeur et avenir de leur œuvre entier. Vincent Fournier est un peintre croyant qui voue toute sa vie intérieure à sa passion pour le Christ dont il témoigne et qu’il sert à travers sa pratique artistique, dans un élan profond.

Sa peinture prend corps autour d’un récit aux multiples lectures. On tend l’oreille car tout ici murmure; le vocabulaire est minimal, sensible, le geste simple et juste, les matériaux survivants. On y croise des thèmes et des symboles tels le nuage d’inconnaissance et ses mystères, le suaire plié et déplié porteur de traces, les axes de la croix, le coeur de Marie, toutes images attendues ou surgies, trouvées parfois, revisitées d’un sens nouveau porté par une présence.

Riche de son extrême dépouillement, cette abstraction hors du temps inscrit verticalité et horizontalité, vide, centre et symétrie dans un monde silencieux, à la fois intime et tourné vers le ciel. La légèreté de la trace peinte, l’attention aux transparences et aux apparitions, la pauvreté des matériaux et l’usage symbolique des couleurs agissent comme des baumes de modestie.

Constance, passion et humilité soutiennent ces inépuisables questionnements qui disent la ferveur de celui qui travaille à l’union de la forme et de l’esprit, selon son coeur.

Marie-Fabienne Aymon

/ livret exposition au Collège des Bernardins à Paris du 18 janvier au 2 mars 2019

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